Haute Ecole Libre Mosane

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ETUDIANT A HELMO

Journée internationale de l'éducation : Édith 7

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Ce mercredi 24 janvier 2024, c'est la Journée internationale de l'éducation. Découvrez à cette occasion l'article qui a été réalisé dans Édith 7 concernant le projet de recherche interdépartemental De prof en proche, dédié à l'accompagnement prof-étudiant sous ses différentes formes.

Regard sur les pratiques d’accompagnement profs-étudiants en Haute École

Êtes-vous proches de vos étudiants ?

De prof en proche, une recherche inter-département d’une durée de 3 ans en cours actuellement, se penche sur l’accompagnement global des étudiant·e·s par les enseignant·e·s au sein de la Haute École HELMo.

De nombreux livres et articles parus ces dernières années nous ont appris que le soutien des enseignants est un facteur important qui favorise l’engagement, la persévérance et,
in fine, la réussite des étudiants1.

Oui, mais comment fait-on, concrètement ? Quelles sont les pratiques au sein de HELMo ?

Quels sont les avis des directions, des enseignants et des étudiants ? Quels sont les freins et leviers que l’on peut identifier ?

D’où est venue l’idée de cette recherche ?

Aux origines de cette recherche, il y a, d’une part, le taux d’échec et de réorientation toujours trop élevé en bloc 1 (39 % de réussite seulement en bloc 1, contre 61 % d’échec dans le supérieur de type court, toutes sections confondues, selon les chiffres de l’ARES). Même si tout n’est pas imputable aux enseignants, nous pouvons certainement y faire quelque chose. D’autre part, il y a les avancées de la recherche en neurosciences et en sciences de l’éducation. La place des émotions et l’importance de l’accompagnement ont été largement revues depuis les années 2010 ; de nombreux livres sur le sujet ont d’ailleurs été diffusés.

Nous avons choisi comme « parrain et marraine » de notre recherche des chercheurs qualifiés vis-vis de cette thématique : Maël Virat, docteur en psychologie à Lille et auteur du livre Quand les profs aiment les élèves (paru en 2019), et Johanne Huart, docteure en psychologie et chercheuse spécialisée dans le mentorat. Nous avons également invité Marianne Moreau, du service transversal Aide aux étudiants, à participer au comité de pilotage.

Un état des lieux général des pratiques au sein de HELMo

Notre première année de recherche a été consacrée à rédiger un cadre conceptuel sur la base de la littérature scientifique. Certain·e·s chercheur·euse·s et leurs travaux dans
le domaine de l’accompagnement pédagogique nous ont aidés à y voir plus clair. Citons M. Paule (Suisse), C. Verzat (France), J.-M. de Ketele, Ch. Michelot, C. van Nieuwenhove,
M. Romainville, Mouhib – pour l’enquête de l’ARES – (Belgique), ainsi que des chercheurs du monde anglo-saxon comme Cherniss, Dobransky ou Johnson (États-Unis).

Nous avons ainsi réfléchi au cadre sociologique et historique de l’accompagnement, à l’impact de la relation sur la réussite, aux formes d’accompagnement, et aux freins et leviers déjà répertoriés par la recherche. Ensuite, nous avons fait l’état des lieux des pratiques existantes au sein de HELMo.

Pour cela, après avoir suivi une formation à l’entretien semidirectif et aux techniques à la fois qualitatives et quantitatives, nous avons interviewé 27 directeur·rice·s de Cursus (entretiens menés durant environ 1 heure selon une procédure établie en équipe). Nous avons ainsi pu répertorier de nombreuses pratiques d’accompagnement profétudiant qui existent au sein de tous les Cursus de la Haute École.

Suite à ces entretiens, un encodage a été réalisé. Il avait pour but d’obtenir des résultats ciblés et quantifiés (par exemple : « Combien de dispositifs en B1, B2, B3 ? », « Combien de dispositifs "obligatoires" ou facultatifs ? », etc.). Grâce à une question ouverte (traitée qualitativement), nous avons également pu dresser une liste de freins et de leviers proposés par les directeur·rice·s de Cursus interrogé·e·s.

Du côté des résultats

L’analyse des résultats est en cours, mais nous pouvons déjà communiquer quelques données : HELMo fait preuve d’une grande vigueur et d’une créativité incroyable dans ses pratiques d’accompagnement. 123 dispositifs ont été répertoriés, dont 29 visent
l’étudiant dans sa globalité, c’est-à-dire à la fois comme étudiant, personne et futur professionnel.

La principale difficulté pour nous a été de trier et de catégoriser les informations récoltées, car certaines pratiques portent parfois des noms très différents pour désigner des réalités semblables, ou, à l’inverse, un même nom peut désigner des pratiques différentes...

Il est intéressant de relever que plusieurs Cursus ont été pionniers et avant-gardistes dans
l’accompagnement prof-étudiant : des dispositifs de « professeur référent » existent depuis de nombreuses années (bien avant l’arrivée de Pollem et de la propagation du mentorat !).

Citons comme exemples le parrainage volontaire prof-étudiant à Gramme, les profs référents qui accompagnent les étudiants tout au long du Cursus Sage-femme, les professeurs-référents en sciences humaines, et bien d’autres. Nous avons également noté un certain isomorphisme : les métiers qui amènent à accompagner des humains ont dans leur « ADN » une prédisposition à l’attention accrue envers cet accompagnement.

Certains Cursus proposent un accompagnement institutionnalisé et réfléchi globalement : heures prévues à l’horaire/attribuées, cadre théorique clair et défini, planification sur toute la durée du Cursus...

À ces cadres formels s’ajoutent des initiatives individuelles plus informelles ; citons par exemple cet enseignant du département social qui vient systématiquement plus tôt et attend les étudiants à l’entrée de l’auditoire, laissant ainsi libre cours aux confidences.
Enfin, parfois, certaines pratiques comme les écrits réflexifs, portfolios ou e-portfolios permettent aux professeurs de connaître leurs étudiants et améliorent ainsi la qualité de leur relation.

Le partage des pratiques serait dès lors très enrichissant. Dans ce but, une brochure sera bientôt élaborée et disponible (elle fait partie des délivrables attendus de notre recherche), afin de pouvoir s’inspirer les uns des autres.

Qu’en pensent… les directions ?

Dans l’ensemble, les directeur·rice·s de Cursus semblent avoir compris les enjeux d’une relation de qualité entre professeurs et étudiants ; il·elle·s valorisent cette relation pédagogique de proximité, sont conscient·e·s des dispositifs existants ou curieux·euses des nouveaux dispositifs à investir.

Il·elle·s ont accepté de consacrer une partie de leur temps à la réflexion menée autour de cette recherche. Les moyens d’encadrement et les réalités diffèrent, mais néanmoins, partout, il existe des dispositifs d’accompagnement qui visent l’étudiant dans sa globalité :
« Autour du bloc 1 et de l’entrée dans les études », « Autour des pratiques professionnelles et/ ou TP » et enfin « Autour du TFE » – qui est souvent l’occasion d’un contact privilégié prof-étudiant.

Du côté des leviers, les directions nous parlent de la culture de l’établissement (culture du Cursus, du site, et de la Haute École en général), et des moments « hors cours » ou informels (journée d’accueil, moments résidentiels, échanges hors classe) comme des temps forts qui soudent les relations.

Elles citent également l’engagement et la disponibilité des enseignants, de même que leur « posture » (si l’enseignant n’accepte pas la posture d’accompagnant, c’est un frein). Plusieurs directeur·rice·s ont rappelé l’importance d’un cadre clair (pour éviter les excès ou l’épuisement des équipes) et de moyens d’encadrement (heures d’attributions).

Du côté des freins, on trouve souvent un manque de moyens d’encadrement, mais aussi, parfois, un manque d’adhésion de certains enseignants qui ont d’autres représentations du métier (certains enseignants ont une vision plus axée sur la transmission) et de leur rôle social, ou trop peu de temps (c’est alors lié à diverses variables, institutionnelles ou personnelles).

Qu’en pensent… les enseignants ?

Nous avons interrogé, par le biais d’un questionnaire en ligne, un panel de 22 enseignants de tous les départements. Une enquête plus vaste (destinée à tous les enseignants) va suivre. Elle aura pour but d’identifier les freins et leviers qui existent lorsque l’on s’engage dans une relation interpersonnelle avec les étudiants.

Les 22 enseignants interrogés lors du prétest valident tous la qualité de la relation, qui, d’après eux, sert les apprentissages et est favorable à l’étudiant dans sa globalité (en tant que personne, étudiant et futur professionnel). Ensuite, cette relation de qualité donne du sens à leur métier (il y a là quelque chose d’humanisant) et contribue à leur satisfaction professionnelle. Ils citent aussi certains freins, dont la peur de la chronophagie, surtout si l’accompagnement est vu/vécu/ présenté comme « une tâche en plus ».

Le « levier » en lien avec cette peur est le besoin d’un cadre clair et défini et d’une cohérence d’ensemble, qui va du B1 au B4 ; de l’accompagnement de « première ligne » (y compris le cadre institutionnel) à celui plus spécialisé et plus individualisé des Services transversaux.

Le second frein potentiel est un malaise dans l’évaluation dès lors qu’une relation s’est nouée avec les étudiants (difficile d’être à la fois un prof qui « soutient » d’une main et qui
« mofle » de l’autre). Le « levier » en lien avec ce malaise est l’établissement d’un cadre d’évaluation clair.

Enfin, une petite minorité des enseignants interrogés estiment que cela n’est pas leur
« job », préférant la posture de « l’enseignant magister » et/ou de « l’enseignant
formateur », mais pas celle de « l’enseignant-accompagnateur ».

Certains insistent sur le fait qu’ils font « déjà » de l’accompagnement grâce à une pratique pédagogique bien pensée... Ce qui est également vrai, car la pratique pédagogique fait partie du « soutien général et préventif », ne l’oublions pas ! Quelques-uns rappellent aussi que le nombre d’étudiants par classe (ou taux d’encadrement) est une variable importante qui influence la qualité des relations.

Qu’en pensent… les étudiants ?

Dans le cadre de notre recherche, nous devons encore envoyer et dépouiller les questionnaires à destination des étudiants. Le prétest est actuellement en cours.

Néanmoins, grâce au Rapport de recherche de l’ARES (Mouhib, 2018), nous possédons déjà quelques données. Lorsque les étudiants fraîchement diplômés sont interrogés à propos des éléments qui les ont aidés pendant leurs études, 43,3 % d’entre eux citent la disponibilité des enseignants.

Cet item devance tous les autres : que ce soient les ressources sur Internet (34,5 %), les cours de langues (34,4 %), les séances de méthodologie (33,7 %), la guidance, le tutorat (14,5 %), etc. C’est donc bien la relation enseignantétudiant qui arrive en tête des soutiens essentiels dans un parcours d’études supérieures, quelle que soit la diversité de ces parcours et profils.

Les apports de cette recherche pour HELMo et pour les enseignants

Plusieurs délivrables sont déjà disponibles à la demande : Cadre conceptuel de l’accompagnement prof-étudiant dans l’enseignement supérieur, sous forme d’article et/ou de PowerPoint, et bientôt une brochure Pratiques d’accompagnement prof-étudiant au sein de HELMo.

D’autres supports seront réalisés prochainement : nous espérons notamment créer une vidéo « De Prof en Proche : l’accompagnement profs-étudiants dans le supérieur » avec le service Comm’ de HELMo. Plusieurs communications ont été et seront proposées (au sein des Cursus, à la demande, à des colloques, etc., dont une intervention à la Journée des Chercheurs en Haute École, le 16 mars 2023). Une formation continuée pourrait suivre. Pour nous, enseignants-chercheurs, travailler en équipe interdépartement est très enrichissant ; nous avons pu nous découvrir des préoccupations communes, entrevoir des réalités différentes et relever les points forts de collègues d’autres Cursus. Cette recherche est pour nous une sorte de formation continuée extrêmement riche ; elle nous permet d’acquérir progressivement de nouvelles connaissances tant dans la recherche que dans la
thématique de l’accompagnement. Elle change notre conception du métier et nos pratiques.

1. Cherniss, C. (2007). The role of emotional intelligence in the mentoring process. “The handbook of mentoring at work : theory, research and practice”, pp. 427-446.



Cet article est extrait du mook Édith 7


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Contact: Céline Dispas
Publié le : 24-01-24